Déconfinement : quel est le ressenti des professionnels un mois après la reprise ?

Un mois après le début de déconfinement progressif, quelle est l'ambiance chez les professionnels du nautisme et en particulier du motonautisme, habitués à l'effervescence du printemps ? Cette période est habituellement la plus chargée dans les ateliers pour les préparations, livraisons et maintenances. Comment se passe la reprise ?

Pour connaitre et comprendre la situation des professionnels du nautisme, nous les avons contactés pour prendre le pouls de la profession. Afin de dresser un portrait complet, nous avons interrogé des enseignes réparties tout le long de notre littoral.

Pour faire un état plus précis et mieux appréhender la situation pendant le confinement, la priorité a été de préserver l'intégrité physique des personnes. Pour cela la grande majorité des entreprises a mis en place les procédures nécessaires et trouvé le moyen de limiter la perte d'activité.

Récupérer le retard

Visiblement plus l'entreprise est petite, plus la reprise d'activité a été rapide. Certaines telles que MMG à Vannes, spécialisée dans le bateau transportable, n'ont cessé l'activité qu'une semaine.

"Nous avons pu travailler tant que nous avions des pièces", précise Hervé Corbel son dirigeant, "et depuis le 11 mai tous les bateaux que nous n'avions pas mis à l'eau, livrés ou révisés du fait que personne ne pouvait se déplacer se réalisent, nous venons de faire 3 mois en un."

Limiter les pertes

Plus au sud, près de la grande bleue à Mandelieu, la situation est différente, car orientée tourisme international, location et événements mondains : "Après avoir maintenu une activité permanente pendant le confinement, nous finissons à un niveau de 50% de la normale", rapporte Jean-Marc Graglia patron de Marine Moteurs Côte d'Azur. "Au mois de juin, nous ne réaliserons pas le même chiffre que l'année dernière : les bateaux neufs n'arrivent pas, des commandes moteurs sont annulées. Et qu'allons-nous faire en septembre avec 80% de l'activité hivernale dépendant des professionnels tels que les loueurs, taxi-boats et ceux qui sont liés à l'événementiel ? Les hangars sont remplis de bateaux et nous ne savons pas si nous allons les mettre à l'eau", conclut Jean-Marc Graglia.

Rester vigilant et planifier

À l'ouest de la Méditerranée, Jean-Louis Metge, gérant de Sud Yachting à Bouzigues a remis le bleu de travail pour aider son équipe à tenir le rythme d'après déconfinement : "Après la première semaine de déconfinement préparatoire, les affaires ont repris, nous sommes au maximum. Mais la situation reste compliquée, car une majorité des fournisseurs est en télétravail, ne parlons pas des transports, nous vivons une véritable galère. Depuis le 17 mai, nous avons conclu des affaires imprévues avec de nouveaux clients, heureusement que j'avais anticipé mes commandes de stock et nos prochaines livraisons ne peuvent être prévues avant mi-juillet." Malgré son carnet de commandes bien rempli, Jean-Louis Metge se questionne sur l'après-saison : "Je ne crie pas victoire, car le problème est que nous vivons aujourd'hui sur les acquis !"

En Haute-Normandie à Dieppe où la clientèle est principalement locale, Quentin Gremare de QG Nautic, ne veut pas non plus être euphorique malgré un niveau d'affaire en progression : "Pendant la période de confinement, nous avons tout fait pour joindre les 2 bouts, nous avons travaillé sur ce que nous avions en cours, j'ai même vendu un bateau, mais nous avons dû faire du chômage partiel. Dès la réouverture le 11 mai, nous nous sommes fait exploser, les gens reviennent, j'ai l'impression que certains plaisanciers veulent se faire plaisir à la suite de cet événement. Ma principale crainte est surtout liée au retard accumulé faute de livraison, je viens de recevoir 15 bateaux, 15 moteurs et 15 remorques, impossible de les préparer en même temps. De plus, le port de Dieppe étant en travaux les manutentions ont été limitées empêchant les mises à l'eau, et mon planning ne me permet plus d'assurer les entretiens d'avant saison. Si l'activité du mois de juin est identique à celle du mois de mai, le retard sera récupéré, reste à savoir comment sera l'hiver", termine Quentin Gremare.

Gérer les frustrations

Côté Charente-Maritime, où la clientèle est assez variée avec plaisanciers et professionnels (principalement ostréiculteurs), José Nadau patron de José Nautic à Marennes confirme que le déconfinement a été une ruée et ironise : "Ça se passe mal, les clients ne comprennent pas que je donne des délais de 15 jours pour intervenir, ou l'acceptent difficilement. D'autant plus que les ruptures de livraisons par les transporteurs restent fréquentes." Situation que José Nadau juge extrêmement stressante, les clients n'ont de cesse de le solliciter : "Pendant la période de confinement, le volume d'affaires a baissé de 25% sur les 3 mois par rapport à 2019, et devrait en récupérer une partie pour clôturer à une baisse de 20%. Actuellement, nous remettons les caisses à l'équilibre, car nous sommes en suractivité, mais comment faire quand on a peu de trésorerie ?", finit José Nadau.

Gérer le quotidien et sa trésorerie

Le choc du confinement passé, tout le monde s'est remis au travail pour récupérer, avec visiblement des zones géographiques plus en stress que d'autres. Toujours perturbée par les livraisons, la gestion au quotidien reste la priorité pour maintenir activité et trésorerie. La question à laquelle personne ne se risque de répondre reste : quelle va être l'activité après les vacances d'été ?

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