Bateaux.com : Highfield est historiquement associé aux semi-rigides à coque aluminium. Pourquoi avoir créé une gamme ADV en fibre de verre ?
Paul Blanc : Notre cœur de métier a toujours été l'aluminium. Nous avons commencé par les annexes avant de développer progressivement des bateaux plus grands. Nous avons donc un ADN assez proche du bateau utilitaire et professionnel. C'est aussi ce qui a fait la force de nos gammes destinées à la plaisance : les plans de pont sont conçus pour le loisir, mais avec une architecture et une qualité de construction issues de cet univers professionnel.

Lorsque nous avons voulu nous intéresser davantage au marché méditerranéen du semi-rigide, nous nous sommes demandé si l'aluminium restait le matériau adapté aux architectures que nous recherchions. La réponse a été non.
Pour réaliser des bateaux plus complexes, avec davantage d'aménagements, une console plus élaborée ou encore des toilettes, nous avions besoin de la fibre de verre. Le changement de matériau découle donc directement du programme du bateau.
"Le marché s'est en partie déplacé vers le bateau d'aventure"
Pourquoi ne pas avoir simplement conçu un semi-rigide traditionnel en fibre ?
Nous nous sommes justement posé cette question. Le marché méditerranéen a évolué et une partie de la demande s'est déplacée du semi-rigide traditionnel vers ce que l'on appelle aujourd'hui les bateaux d'aventure.
Nous voulions conserver les qualités qui font l'intérêt du semi-rigide : la possibilité de naviguer dans des conditions assez musclées avec un bateau relativement compact, une bonne déflexion de l'eau et la protection apportée par les flotteurs. Le tube possède également un côté rassurant pour certains utilisateurs.

Mais nous voulions parallèlement retrouver certains avantages du bateau rigide, notamment davantage d'espace intérieur.
C'est de cette réflexion qu'est né le concept ADV. Le flotteur est moins large afin de libérer davantage de largeur exploitable à l'intérieur. L'objectif est finalement d'essayer d'offrir le meilleur des deux mondes.
"L'ADV7 peut constituer un très bon premier bateau"
Cela signifie-t-il que les ADV ne s'adressent plus uniquement aux utilisateurs traditionnels de semi-rigides ?
Tout à fait. Sur l'ADV7, nous rencontrons par exemple des clients qui regardent beaucoup de choses différentes. Certains viennent nous voir après avoir étudié des bateaux entièrement rigides.

L'intérêt pour eux est de retrouver la fonctionnalité et certains aménagements d'un bateau rigide, tout en conservant le côté rassurant du semi-rigide. L'ADV7 peut ainsi constituer un très bon premier bateau.

Avec l'ADV9, je pense que nous allons davantage chercher une clientèle traditionnelle du semi-rigide. Ce sont des plaisanciers qui connaissent déjà ce type de bateau, mais qui souhaitent quelque chose de différent et davantage de confort.
"Dans 9m, nous cherchons l'espace d'un semi-rigide de dix ou onze mètres"
La réduction de la largeur occupée par les flotteurs permet-elle aussi de contenir la taille du bateau ?
Oui. Sur une coque de neuf mètres, notre objectif est d'offrir un espace utile qui se rapproche de celui que l'on trouverait sur un semi-rigide traditionnel de dix ou onze mètres.
Il y a donc aussi une logique économique dans cette architecture. Nous essayons d'obtenir davantage d'espace exploitable sans être obligés d'augmenter systématiquement la longueur hors-tout.
"Nous réfléchissons au concept ADV à la fois sur des tailles inférieures et supérieures"
Après les ADV7 et ADV9, la famille ADV va-t-elle continuer à s'étendre ?
Oui, nous allons continuer à développer cette gamme. Je ne peux pas encore préciser de quelle manière ni donner les dimensions des prochains modèles.

Mais l'ADV7 constitue pour nous un bateau d'entrée de gamme intéressant. Le concept peut également nous permettre d'aller chercher un marché de bateaux accessibles sur lequel les coques rigides ont aujourd'hui davantage de difficultés à rester présentes, par exemple autour de six mètres. Nous nous posons donc beaucoup de questions sur la possibilité d'appliquer le concept ADV à des dimensions inférieures, sans s'interdire de voir plus grand que l'ADV9.

"Sur les annexes, nous sommes davantage dans l'amélioration continue"
Cette diversification signifie-t-elle que les gammes historiques vont évoluer moins rapidement ?
Non. Nous continuons à travailler sur tous nos produits. Nous avons la chance d'être présents sur des marchés très différents, avec des dynamiques et des besoins qui ne sont pas les mêmes.
L'annexe reste avant tout un produit utilitaire. Elle doit être durable et remplir beaucoup de fonctions différentes. C'est notre cœur de métier.

Mais il ne faut pas forcément attendre une révolution permanente sur ce type de produit. Le semi-rigide reste une réponse adaptée à énormément de situations lorsqu'il est utilisé comme annexe. Nous sommes donc davantage dans une logique d'amélioration continue.
Nous poursuivons également le développement de notre gamme Sport, qui reste construite en aluminium. Nous voulons y apporter progressivement davantage de confort tout en conservant les coques en V profond, la construction aluminium et le caractère robuste de ces bateaux.
L'idée n'est donc pas de remplacer l'aluminium par la fibre. Nous utilisons des matériaux et des architectures différents en fonction des programmes.
"Le bateau professionnel constitue un autre axe de développement "
Highfield est surtout connu des plaisanciers pour ses annexes et ses semi-rigides. Quelle place le marché professionnel occupe-t-il dans votre stratégie ?
C'est une activité importante, même si elle est évidemment moins visible auprès de la clientèle de plaisance. La construction aluminium nous donne dans ce domaine de nombreuses possibilités et nous avons beaucoup d'ambition sur ce marché.

Les applications peuvent aller du commercial léger au bateau de marina, en passant par les unités de patrouille destinées aux parcs nationaux, aux pompiers ou à la police. À terme, cela peut également concerner certains marchés militaires légers.
C'est un domaine dans lequel nous voulons continuer à développer nos compétences et notre présence.
"En Amérique du Nord, le semi-rigide de loisir reste peu développé"
Quelle importance représente aujourd'hui l'Amérique du Nord pour Highfield ?
Nous réalisons environ un tiers de notre volume en Amérique du Nord et à peu près la moitié en Europe. Le reste se répartit dans différentes régions du monde, notamment en Australie.
Nous sommes donc déjà bien présents aux États-Unis. En revanche, le semi-rigide de loisir y reste un segment relativement peu reconnu. Le semi-rigide américain est encore très associé au bateau professionnel ou à l'annexe.
C'est assez paradoxal, parce que l'on trouve de gros semi-rigides professionnels en aluminium aux États-Unis. Mais pour la plaisance, le marché est beaucoup moins développé qu'en Europe.
On rencontre néanmoins des semi-rigides de quatre, cinq ou six mètres, notamment sur les lacs. Ils sont souvent utilisés comme deuxième ou troisième bateau par des propriétaires qui possèdent déjà un bateau de sports nautiques ou une unité de pêche en aluminium. Leur usage se rapproche alors presque de celui que nous faisons d'une annexe en Europe.
"L'ADV9 a du potentiel aux États-Unis"
La gamme ADV peut-elle justement contribuer à élargir cette clientèle américaine ?
C'est l'un de ses intérêts. Les ADV permettent de montrer les avantages du flotteur tout en proposant un aménagement qui se rapproche davantage de celui d'un bateau conventionnel.
L'ADV9 possède donc, selon nous, un potentiel sur ce marché.
Et au-delà de la plaisance, le bateau professionnel ouvre encore d'autres perspectives. Il s'agit d'un marché beaucoup plus international, sur lequel nous avons encore des régions à développer. Je pense notamment au Moyen-Orient ou à l'Amérique du Sud.
Pour Highfield, le potentiel de croissance ne repose donc pas sur une seule famille de bateaux. Il passe à la fois par l'évolution de nos gammes historiques, le développement du concept ADV et une présence plus importante sur le marché professionnel.

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