Interview / Fountaine-Pajot : "Avec Dufour, nous avons acquis du poids vis-a-vis des distributeurs."

Nicolas Gardies, Directeur Général de Fountaine-Pajot

Nicolas Gardies, directeur général de Fountaine-Pajot, fait le point sur les enjeux du moment pour la marque de catamarans, depuis la reprise de Dufour Yachts à la réorganisation industrielle en passant par la formation et le recrutement.

Le groupe Fountaine-Pajot a connu une saison 2017/2018 animée, marquée par une forte croissance et le rachat du chantier naval rochelais Dufour Yachts. Nicolas Gardies, directeur général du groupe, évoque avec BoatIndustry.com les projets du 2ème industriel français de la plaisance.

Fountaine-Pajot a connu une forte augmentation de la production de bateaux ces dernières années. Comment cela se traduit-il en terme industriel ?

Nous avons lancé des investissements importants depuis 2016, à travers le programme Ocean 40 pour Organisation nouvelle pour la Capacité, l'Efficacité et l'AmélioratioN, qui court jusqu'en 2019. Nous avons réceptionné les nouveaux ateliers en 2016 et le nouveau siège en 2018. La production des catamarans se fait aux 2/3 sur le site d'Aigrefeuille et 1/3 dans l'usine de La Rochelle. Pour tous les modèles, hormis le 67 pieds, nous fonctionnons avec une ligne d'assemblage centrale unique, alimentée par 4 ateliers périphériques pour la coque, le fly, le pont et les modules intérieurs du bateau.

La fabrication est rythmée et la ligne avance tous les 2 jours. On est passé en un an d'un cadençage de 3 jours à 2 jours. Cela représente 105 bateaux par an. Notre objectif est désormais d'améliorer le flux pour passer à 1,5 jours, ce qui n'est pas irréaliste quand certains concurrents sont à 0,75 jour. Pour cela, nous travaillons sur l'amélioration continue à travers les normes ISO.

L'utilisation d'un ERP nous permet de mieux gérer l'approvisionnement et les fournisseurs. Nous étions arrivés à un seuil et pour passer à l'étape suivante, nous avons recruté un directeur industriel venant de la plasturgie. Il sera bientôt rejoint par un directeur de la Supply Chain.

Usine Fountaine-Pajot

Quelles sont les synergies, industrielles et commerciales, à venir suite à l'acquisition de Dufour Yachts et ses monocoques?

Du point de vue industriel, les usines Fountaine-Pajot sont à La Rochelle et Aigrefeuille, tandis que celle de Dufour est à Périgny, à mi-chemin entre les deux. La proximité va évidemment aider les échanges. En revanche, un site de production de multicoque est fondamentalement différent d'une usine de monocoque. On ne fera pas l'un chez l'autre.

L'équipement pour les catamarans est surdimensionné pour un monocoque. En revanche, on pourra améliorer les process et travailler sur des solutions communes. Quand on développe une application électronique, elle peut être commune. De même, lorsque l'on réfléchit aux problématiques d'emballage et d'approvisionnement avec un fournisseur. La proximité permet de mettre en place une tournée logistique commune. Dufour Yachts possède une menuiserie et Fountaine-Pajot n'en a pas.

Du point de vue commercial, des ponts se font entre les 2 réseaux. On a acquis du poids vis a vis des distributeurs et des concessionnaires, avec une offre complémentaire en terme de prix : les catamarans Fountaine-Pajot s'étalent de 250 000 € à 2,5 M€ et les voiliers Dufour de 80 000€ à 1,2 M€.

Qu'est-il prévu en terme de gouvernance ?

Le management est resté en place et l'on s'appuie toujours dessus. On n'a pas la prétention de tout révolutionner.

Dufour 63

Quels sont les objectifs de recrutement et comment faites-vous face à la pénurie de main d’œuvre ?

Le groupe représente aujourd'hui 1100 salariés chez Fountaine-Pajot et Dufour Yachts. Nous avons embauché 60 personnes en 2017 et visons 140 embauches en 2019. Cela fait de nous le 2ème employeur du nautisme en France, voire en Europe. Nous devons donc renforcer notre processus de ressources humaines. Aujourd'hui l'interim représente 25 à 30% de la main d’œuvre. C'est un sas d'entrée. Nous devons renforcer le parcours d'intégration, car il n'est pas toujours facile de garder les gens.

Des formations sont montées avec tous les partenaires du secteur, comme le CIPECMA à Chatelaillon ou l'AFPA, dans des domaines comme le composite, la menuiserie pour l'assemblage du mobilier, l'électricité, l'électronique ou l'accastillage. Le nouvel employé est ensuite pris en charge par un tuteur, avec 3 autres recrues pour apprendre les méthodes de travail de Fountaine-Pajot. On jauge la personne sur son comportement dans l'entreprise et ses capacités techniques. S'il est retenu, il est finalement intégré dans une équipe. L'idée est de mettre l'opérateur dans les meilleures conditions pour rester.

Après l'entrée au capital de DreamYacht Charter et le rachat de Dufour Yachts, quelles sont les perspectives de nouveaux développements?

Dream Yacht Charter nous apporte une bonne vision des sujets de maintenance sur des bateaux qui tournent beaucoup. Cela sécurise également des ventes. Loïc Bonnet lance aussi régulièrement des nouveaux sujets pour ses clients. De son côté, Dufour doit pouvoir faire mieux dans le charter. Nous restons des industriels, mais on est évidemment attentif aux usages. Les nouveaux plaisanciers utilisent la location pour zapper.

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