Chantiers navals en difficulté : quelles conséquences sur l'image de la filière nautique ?

Le chantier Espace Vag a été liquidé en 2019

Entre redressements judiciaires et liquidation, l'actualité du secteur nautique en 2019 n'a pas été faite que de bonnes nouvelles. Entre nécessaire consolidation et message inquiétant pour les plaisanciers et les financeurs, les avis des professionnels sont partagés sur les conséquences de ces actualités sur l'image de la filière nautique.

De nombreuses entreprises du nautisme dans la tourmente

L'année 2019 a été marquée par la disparition de certaines marques historiques de la plaisance et des difficultés pour plusieurs acteurs du nautisme. De la liquidation du chantier naval Ocqueteau à Oléron à celle du constructeur de voiliers Espace Vag à Concarneau, en passant par la mise en redressement judiciaire de Fora Marine à La Rochelle, la tourmente a impacté un pan important de la filière, dans le moteur comme dans la voile, principalement dans les chantiers de taille moyenne. Le phénomène ne touche pas que la France. On peut citer la procédure de protection des voiliers Discovery au Royaume-Uni ou la difficulté du groupe Ferretti à ouvrir son capital en Italie. D'autres chantiers se font plus discrets sur leurs difficultés économiques, mais restent dans des situations critiques.

Chantier Fora Marine

Un message qui inquiète les plaisanciers

Si la disparition d'une entreprise a pour 1er effet la perte d'emploi et la fin d'une aventure industrielle souvent passionnée, elle n'est pas sans conséquences pour l'ensemble de la filière nautique. Certains plaisanciers, déjà engagés par des acomptes auprès des chantiers en liquidation, perdent de l'argent en même temps que la confiance dans le secteur. "Le problème avec la suite de ces nouvelles est que la clientèle finit par penser que nous sommes tous en difficultés. Elle n'a plus confiance et n'ose plus passer commande pour les bateaux. Il est important de présenter ce que l'on fait pérenniser nos chantiers" témoigne Serge Calvez, dirigeant du constructeur de voiliers Marée Haute.

Serge Calvez du chantier Marée Haute

Une consolidation nécessaire du secteur nautique

Certains voient pourtant dans le phénomène un processus de consolidation parmi les nombreux constructeurs de bateaux. "Certains voulaient à tout prix augmenter leur chiffre d'affaires, en vendant à des prix trop bas. Mais cela ne peut pas fonctionner éternellement, surtout lorsque le marché ralentit" témoigne le commercial d'un chantier se plaignant d'une forme de concurrence déloyale, néfaste à l'ensemble du secteur.

Chantier Ocqueteau

Trouver le bon soutien financier et le juste rythme de croissance

L'équilibre économique pour les constructeurs de bateaux de plaisance reste délicat. Si l'on a vu la difficulté pour des acteurs importants comme Bavaria en 2018 ou même le leader italien Ferretti qui a du repousser son entrée en bourse en 2019, les chantiers de taille moyenne sont parmi les plus fragiles. Le choix d'investisseurs solides et d'une croissance raisonnée est essentielle. "Nous avons fait le choix il y a 3 ans de nous restructurer et de nous associer à un groupe industriel pour ne pas nous retrouver dans la même situation" explique Serge Calvez. "On préfère également prolonger un modèle de bateau sur 3, 4 ou 5 ans plutôt que de réamorcer la pompe avec du marketing et un nouveau bateau pas encore fiabilisé. Cela évite des investissements phénoménaux, tous les ans."

Entre diminution utile de la concurrence et image de fragilité du secteur, les PME du nautisme ne sortent pas indemnes des turbulences rencontrées par leurs confrères.

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