Avec Up to Sea, Gilles Wagner observe les pratiques réelles des plaisanciers. Ce retour du terrain nourrit aujourd'hui un nouveau projet : concevoir un bateau spécifiquement pensé pour un programme de sortie à la journée et les usages majoritaires de la plaisance.

Comment est né ce projet de nouveau bateau ?
Gilles Wagner : La genèse vient directement de l'expérience avec Up to Sea. Quand nous avons monté la société, nous avons observé le comportement réel des utilisateurs. Nous nous sommes rendu compte que la moitié des clients passaient environ 80 % de leur temps au mouillage.
À l'été 2025, nous avons également constaté que, sur une majorité de locations, les clients parcouraient moins de 10 milles dans la journée. Cela signifie que le bateau n'est plus seulement un outil de navigation, mais aussi un espace de vie posé sur l'eau.
Cela vous a conduit à revoir complètement l'approche du bateau ?
Gilles Wagner : Oui. L'idée est née le 18 février 2024, lors du salon de Miami. Nous avons commencé à réfléchir à un bateau de série situé dans la tranche des 6 à 12 mètres, avec un cahier des charges totalement repensé.

Le pontoon boat américain est une source d'inspiration, car il privilégie l'espace de vie. Mais en Europe, ces bateaux sont souvent jugés peu élégants et surtout uniquement dédiés à la navigation sur les plans d'eau intérieurs.
Nous avons donc imaginé une approche différente : reprendre l'idée d'un bateau très convivial, mais avec des matériaux plus propres, une propulsion moins énergivore et une vraie réflexion sur l'inclusivité.
Que signifie concrètement cette notion d'inclusivité ?
Gilles Wagner : Nous voulons créer un bateau accessible à toutes les générations et à toutes les situations. Cela va de l'enfant à la personne âgée, mais aussi aux femmes enceintes ou aux personnes à mobilité réduite. Dans la gamme autour de 9 mètres, il existe très peu de bateaux réellement accessibles aux PMR. Nous voulons combler ce manque. L'objectif est aussi de proposer un bateau très stable, facile à utiliser et capable d'accueillir jusqu'à 20 personnes en catégorie D.
Quelles seront les grandes caractéristiques techniques ?
Gilles Wagner : La propulsion sera assurée par une motorisation électrique hors bord. L'idée est d'avoir une navigation silencieuse et adaptée aux usages côtiers ou portuaires. Des panneaux solaires alimenteront les équipements de confort à bord. Ils ne servent pas à propulser le bateau, mais à couvrir les besoins énergétiques de la vie à bord.
L'aspect environnemental fait aussi partie du projet ?
Gilles Wagner : Oui, clairement. Le bateau sera composé à environ 55 % de matériaux recyclés et près de 70 % des éléments seront recyclables. Nous voulons aussi privilégier les circuits courts. L'assemblage se fera en Vendée, avec un maximum de fournisseurs locaux. Les moteurs et les batteries resteront les principaux éléments provenant de filières extérieures.
Pourquoi produire ce bateau en Vendée ?
Gilles Wagner : Parce que la Vendée est un territoire très fort dans la filière nautique. Il y a un vrai écosystème d'entreprises, de sous traitants et de compétences. Cela permet d'imaginer un projet industriel en circuit court et de garder une cohérence territoriale.
À qui s'adresse ce futur bateau ?
Gilles Wagner : Nous identifions trois types de clients principaux.
- Le premier, ce sont les sociétés de location à la journée. Ce sont elles qui observent le mieux l'évolution des usages.
- Le deuxième, ce sont les bases nautiques ou les structures touristiques qui veulent proposer une activité accessible à un large public.
- Et enfin, les particuliers qui souhaitent un bateau très convivial, destiné avant tout à profiter du mouillage.
Où en est le projet aujourd'hui ?
Gilles Wagner : La construction doit démarrer début avril. L'objectif est de développer le concept et d'aboutir à un prototype opérationnel en 2027. Aujourd'hui, nous sommes dans une phase de conception et d'industrialisation. L'idée est que ce bateau puisse ensuite être produit en série.
Quel est l'objectif derrière ce projet ?
Gilles Wagner : Aujourd'hui, 90 % des plaisanciers utilisent leur bateau environ 15 heures par an. Si on veut démocratiser la plaisance, il faut imaginer des bateaux plus simples, plus accessibles et adaptés aux usages réels. Ce projet est né de cette réflexion. Concevoir un bateau pensé pour profiter de la mer autrement.
Quand est-ce que le projet définitif sera dévoilé?
Gilles Wagner : nous allons présenter les plans définitifs du bateau le premier jour du Nice Boating Tomorow, le salon internationnal du nautisme durable, qui aura lieu du 19 au 22 mars 2026.

/ 







