En redressement judiciaire, Tahe Outdoors en quête d'un nouvel actionnaire

© Maxime Leriche

Placée en redressement judiciaire le 26 février 2026, Tahe Outdoors France cherche un repreneur. Le site de Vannes, ex Bic Sport, emploie 88 salariés et fabrique 55 000 produits par an.

Le tribunal de commerce de Vannes a placé Tahe Outdoors France en redressement judiciaire le 26 février 2026. L'ex site Bic Sport, qui emploie 88 salariés et produit 55 000 embarcations par an, cherche un repreneur. Pour la filière, c'est un acteur historique qui joue sa survie.

Une dépendance à la saisonnalité et à la trésorerie

Le premier point concerne la structure financière du groupe. Depuis deux exercices, l'actionnaire luxembourgeois KJK Sports réinjectait des liquidités à chaque hiver pour couvrir les besoins de trésorerie, en attendant les ventes de début de saison et le remboursement des dettes contractées durant la période post Covid.

Début février 2026, une décision de l'actionnaire a interrompu ce soutien. Résultat, cessation de paiements et placement sous protection du tribunal.

Le modèle économique de la glisse et des embarcations légères repose sur un pic de commandes concentré sur quelques mois. Sans ligne de crédit solide ou actionnaire engagé sur la durée, la moindre tension bancaire fragilise l'ensemble de la chaîne.

Un outil industriel rare dans la plasturgie nautique

Le site de Vannes représente 30 000 m², dont 10 000 m² dédiés à la production et 4 000 m² au stockage. On y trouve deux lignes d'extrusion de plaques et des équipements spécifiques de thermoformage. Chaque année, environ 55 000 unités sortent des ateliers, surf, stand up paddle, kayak, planche à voile, annexes.

Depuis 1979, plus de 2 millions de produits ont été fabriqués sur ce site et exportés vers 90 pays. Pour la filière, l'intérêt est double.

D'un côté, l'outil permet une production intégrée en France, avec un savoir faire en transformation des polymères appliqué au nautisme. De l'autre, la capacité d'extrusion et de thermoformage ouvre la porte à une diversification vers l'énergie, l'automobile, le traitement des eaux ou l'économie circulaire, déjà amorcée ces dernières années.

Des marques reconnues et un portefeuille international

Au delà des murs, la valeur réside aussi dans les marques. Tahe et SIC Maui disposent d'une présence commerciale installée, notamment à l'export. En 2024, le chiffre d'affaires de Tahe Outdoors France atteignait 9,5 M€, et un peu plus de 16 M€ en intégrant les filiales aux États Unis, en Australie et la société de fabrication de pagaies et rames à Cognac.

Au total, 88 salariés sont concernés par la procédure, dont 66 sur le site vannetais. Pour le Morbihan, il s'agit d'un acteur industriel historique, passé de Bic Sport à Tahe Outdoors après la cession de 2019.

Le redressement judiciaire offre un cadre pour organiser la cession et préserver l'activité. Pour les candidats à la reprise, l'enjeu ne se limite pas à un portefeuille produits. Il inclut des équipes formées aux procédés d'extrusion et de thermoformage, à la gestion de production en série et à l'export.

Et dans un secteur où la main d'œuvre qualifiée en plasturgie et en construction nautique ne court pas les quais, conserver ces compétences représente un atout. Reste à savoir quel profil d'investisseur se positionnera, acteur du sport nautique souhaitant internaliser sa production, groupe de plasturgie cherchant à se diversifier, ou consortium régional misant sur l'ancrage territorial.

La période d'observation ouverte par le tribunal dira si l'outil industriel de Vannes continuera à mouler planches et kayaks sous pavillon breton, ou s'il changera de cap. Pour la filière, l'issue sera scrutée de près.

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