Boatindustry : Quelles sont les raisons qui ont conduit GPO à s'associer au salon nautique de Qinhuangdao ?
Alain Pochon : La création de ce salon, qui en est à sa deuxième édition en 2026, est le fruit d'une longue collaboration avec la ville de Qinhuangdao et le port de Hebei. Nous collaborons avec la Chine depuis 2009 et avec Qinhuangdao depuis 2019, grâce à une prise de contact orchestrée par le département de la Charente-Maritime et ses deux derniers présidents que sont Dominique Bussereau, puis Sylvie Marcilly. Cette ville souhaitait un salon de référence pour la Chine du Nord et souhaite développer l'industrie et l'offre nautique à terme, avec pour cible privilégiée Pékin, situé à 300 kilomètres de là.

Il nous semblait, de fait, très intéressant de collaborer et de les aider à développer et structurer ces projets tout en rappelant que GPO est une association qui, depuis sa création en 1973, est gérée par des professionnels du nautisme. De fait, notre volonté est également de potentiellement aider notre profession à développer de nouveaux marchés avec cette zone de la Chine du Nord, qui aujourd'hui, présente de nombreux atouts et une énorme volonté de structurer une offre adaptée à son marché et des événementiels nautiques .
En quoi ce partenariat s'inscrit-il dans la stratégie internationale de développement de GPO ?
Nous avons collaboré avec le Brésil par de nombreuses fois, aujourd'hui nous poursuivons notre travail avec La Chine et tous les ans, nous sommes en contact avec de nombreux pays dans le cadre du Pays Invité d'Honneur du Grand Pavois La Rochelle. La coopération internationale développée par Grand Pavois Organisation (GPO) depuis de nombreuses années peut être justifiée à plusieurs niveaux : économique, stratégique, institutionnel, touristique et sectoriel. Tous d'abord, cela permet de renforcer le rayonnement international du Grand Pavois. Cela permet également de favoriser le développement économique de la filière nautique en présentant ou en permettant l'accès à de nouveaux marchés.

Cette présence de GPO à l'étranger permet également de développer une certaine diplomatie économique du nautisme sans oublier d'exporter notre expertise française en matière d'événementiels nautiques, sans oublier de renforcer l'attractivité de La Rochelle comme centre économique nautique de première importance. Le Grand Pavois est rochelais et fait partie intégrante de la dynamique nautique rochelaise. De même que nous cherchons également à valoriser et consolider la présence du département de la Charente-Maritime, ses ports, ses pratiques nautiques, ses kilomètres de côtes et toute l'économie qui y est liée. Par ailleurs, nous espérons pouvoir compter, à terme, sur l'appui de la Région Nouvelle-Aquitaine qui a la compétence économique et dont l'industrie nautique est un secteur très important .
Le marché chinois de la plaisance est souvent présenté comme un marché à fort potentiel. Quelle est votre analyse de son évolution actuelle ?
Il est important de voir et de comprendre que La Chine est un vaste pays et qu'en matière de nautisme, la situation au Sud est différente de celle du Nord. Le Sud a bénéficié de la proximité de Hong-Kong et d'une dynamique importante de la province de Hainan concernant le tourisme haut de gamme, chinois et russe plus particulièrement. D'ailleurs, nous y avons contribué entre 2009 et 2011 lorsque GPO a coorganisé le China Shenzhen International Boat Show. Le salon de Shanghai reste présent également depuis de nombreuses années. Aujourd'hui, le Guangdong avec Zhuhai, Shenzhen ou Guangzhou représente le cœur de l'industrie chinoise du yacht avec des constructeurs et des équipementiers implantés.

De fait, toutes les provinces ne se sont pas développées de la même manière et les priorités politiques n'étaient pas obligatoirement les mêmes. Aussi, oui ce marché du nautisme est à fort potentiel car une véritable économie de loisirs et de tourisme est en train de se mettre en place en Chine. Une ville comme Pékin avec ses 22 millions d'habitants se tourne naturellement vers Qinhuangdao qui n'est qu'à 300 kilomètres de là. Qinhuangdao le sait et une vraie volonté de développement est aujourd'hui tournée vers ce secteur. Donc, pour répondre à la question : si l'offre n'est pas pléthorique, elle est en train de se développer et nul doute qu'à terme le marché sera là.
Quels sont les principaux secteurs du nautisme français qui peuvent trouver des opportunités à Qinhuangdao : construction navale, équipements, marinas, services ou formation ?
Tous les secteurs peuvent être intéressés et c'est en cela que l'action et la présence de GPO est pertinente. Nous avons réalisé en 2024/2025 une importante mission de conseil au développement de l'activité nautique sur Qinhuangdao. Nous avons étudié l'existant et nous avons détaillé toutes les activations à mettre en place pour tenter d'orchestrer ce développement : de la formation à tous les métiers du nautisme, aux marinas connectées du futur, aux typologies de pratiques et de produits les plus pertinentes, en passant par l'apprentissage des plus jeunes, sans oublier la mise en place d'événementiels référents ou la mise en place de services spécifiques pour s'adapter aux caractéristiques et aux freins culturels existants.
Le salon de Qinhuangdao est encore peu connu des professionnels européens. Quelles sont ses spécificités par rapport aux grands rendez-vous nautiques internationaux ?
Ce salon en est à ses débuts et il faut le regarder différemment des autres salons européens, voire mondiaux. En effet, chaque salon a ses caractéristiques culturelles, géographiques et économiques. Ce salon est aujourd'hui peu connu car il est difficile pour nous, européens, de se projeter sur ce marché de la Chine du Nord et son avenir. L'idée que nous avons du marché chinois dans sa globalité est aujourd'hui très lié à celui de la Chine du Sud avec ses yachts et ses grandes unités. Celui de la Chine du Nord est aujourd'hui plus lié au day boating avec une activité de pêche ou de sports nautiques, de voile en sortie à la journée, de day-charter, de sports nautiques à destination de pratiquants qui s'échappent de Pékin le temps d'un week-end, d'écoles de voile ou de futurs clubs de location de voile légère le long des plages.

Il faut donc organiser l'offre de ce salon en ce sens qui est plus le reflet d'un mode de vie et d'une tendance actuelle très chinoise qui se tourne vers la consommation et la découverte des plaisirs et des loisirs relayées, par des influenceurs qui possèdent des millions de followers. C'est pour cela, que ce salon se double d'exposants de « voitures volantes » comme d'une expo de voitures Vintage… Il faut se projeter sur un modèle de salon nautique spécifique mais où de nombreux professionnels du nautisme ont leurs expériences, leurs produits, leurs offres et leurs mots à dire .
Quel rôle GPO jouera-t-il concrètement auprès des entreprises françaises qui souhaiteront participer à cet événement ?
Notre rôle est tout simplement de mettre en contact et d'optimiser les relations entre de potentiels professionnels internationaux intéressés pour être présents sur ce marché de la Chine du Nord. De fait, nous créerons un temps fort durant le Grand Pavois en septembre prochain où nos interlocuteurs chinois seront présents pour présenter l'édition 2027 du salon mais aussi, leur politique de développement quant à la destination de Qinhuangdao, les aides et les activations possibles. Si culturellement, nous sommes bien évidemment différents, le rôle de GPO est donc d'être une courroie de transmission entre eux et les professionnels français, européens et internationaux .
Les différences culturelles et réglementaires restent souvent un frein à l'exportation. Comment GPO prévoit-il d'accompagner les entreprises sur ces aspects ?
Nous n'avons pas pour vocation d'orchestrer et de superviser les relations commerciales entre un professionnel français ou européen et nos interlocuteurs chinois. Je rappelle que GPO est une association. Notre rôle est simplement de faciliter toutes les mises en relation, de faire profiter à notre interlocuteur de notre réseau, de notre savoir-faire en matière d'événementiel, de notre notoriété pour qu'il puisse présenter ses attentes, ses projets de développement, ses potentielles offres et aides afin de faciliter toute collaboration future possible. Par contre, oui, nous sommes les premiers à soulever auprès de nos interlocuteurs chinois les freins existants comme les taxes d'importation, la peur de l'eau pour de nombreux chinois, la méconnaissance des sports nautiques, le manque de formations, la problématique des réglementations en vigueur qui sont contraires au développement de la pratique… Là, c'est notre rôle de conseil qui entre en jeu .
La Chine investit fortement dans les infrastructures de loisirs et les marinas. Voyez-vous émerger de nouvelles opportunités pour les fournisseurs européens ?
On dit souvent que la Chine va vite et se développe dans tous les domaines parce qu'elle a réussi, en quelques décennies, à combiner plusieurs facteurs rarement réunis à une telle échelle. Elle a une vision stratégique à long terme et on peut dire que, si le nautisme en est à ses balbutiements aujourd'hui, il reste difficile de se projeter pour nous à dans dix ou vingt ans… Elle a une capacité d'exécution exceptionnelle et une taille de marché gigantesque, chose que nous n'avons plus.
Mais, le nautisme fait partie des secteurs qu'elle ne connaît peu ou pas et qu'elle ne maitrise pas. Sa démarche est donc respectable que de voir et de s'inspirer de marchés existants et aujourd'hui structurés avec des possibilités de formations diplômantes, des produits répondant à des pratiques spécifiques, des réglementations en place, des dispositifs de sécurité adaptés, des services évoluant en fonction des marchés et des générations de pratiquants… Bref, oui, de nombreux secteurs d'activités sont concernés.
Ce partenariat vise-t-il uniquement à favoriser les exportations françaises vers la Chine ou également à développer des coopérations industrielles bilatérales ?
Il est difficile de répondre à cette question aujourd'hui et GPO n'a pas vocation à cela. Nos statuts sont d'aider les professionnels au travers de nos activités et de développer la pratique. Chose que nous faisons dans le cadre du Grand Pavois. Maintenant, une fois de plus, nous sommes clairement dans une relation de collaboration et de facilitateur entre nos professionnels et nos partenaires chinois. Aujourd'hui, concrètement, notre collaboration s'orchestre autour d'un partenariat dans le cadre de l'organisation du salon, d'un parrainage, d'un appui en communication internationale et d'une aide quant à la promotion de la destination dans le cadre de sa volonté de développement nautique.
Quels sont aujourd'hui les principaux besoins exprimés par les acteurs chinois du nautisme lorsqu'ils rencontrent les entreprises européennes ?
Leur discours est : vous êtes des référents pour nous, comment peut-on travailler ensemble ? Nous souhaitons développer une offre et une industrie autour du nautisme, comment pouvez-vous nous aider ? Nous souhaitons avoir des bateaux sur zone qui répondent à une pratique spécifique, comment pouvons-nous faire ? En résumé, ils sont attentifs à tout ce qui se passe et veulent faire du nautisme un vrai levier de développement économique, à l'image du tourisme qu'ils sont en train de développer à grande échelle.

Il suffit de voir le développement touristique du quartier de Westport à Qinhuangdao pour comprendre et se rendre compte de la qualité du travail et de la réflexion opérée. Ils ont transformé un quartier industriel en véritable centre touristique tout en gardant l'architecture initiale avec ses hangars industriels en brique. C'est tout simplement remarquable, d'une grande qualité et parfaitement dans l'air du temps.
Ce n'est pas par hasard, si ce sont aujourd'hui 10 millions de touristes, essentiellement chinois, qui y viennent par an. Et si l'on regarde les projets de développement à venir de ce quartier de Qinhuangdao avec le port de Hebeï, on voit un terminal de croisière, des centres de loisirs à venir, l'implantation d'une nouvelle marina à grande échelle, d'un plateau nautique technique…
La plaisance chinoise est encore très différente du modèle européen. Quels enseignements les professionnels français peuvent-ils tirer de ce marché en pleine construction ?
Une fois de plus : La Chine est grande et chaque province a ses spécificités et ses priorités. Regardez chez nous : le marché méditerranéen n'est pas celui de l'Atlantique, imaginez à l'échelle de La Chine ? Donc, la plaisance chinoise est variée et ses besoins sont et seront différents et très diversifiés. Nous sommes sur un marché de 1,4 milliards d'habitants et sur 18 000 kilomètres de côtes, avec des différences géographiques considérables.
Il s'agit davantage aujourd'hui d'un marché émergent à fort potentiel que d'une industrie de masse déjà mature. La Chine compte plusieurs centaines de millions de consommateurs disposant désormais d'un pouvoir d'achat permettant l'accès aux loisirs premium. Et comme dans de nombreux pays, le nautisme apparaît souvent après les phases de consommation liées à l'automobile, à l'immobilier et au tourisme.
Pensez-vous que Qinhuangdao puisse devenir à terme une plateforme incontournable pour les entreprises nautiques européennes souhaitant se développer en Chine du nord ?
Il y a une telle volonté politique et une telle dynamique que Qinhuangdao se donne les moyens pour devenir cette plateforme. La volonté politique est là et le port de Hebei a clairement fléché le nautisme et le tourisme comme de forts vecteurs de développement économique. De fait, nous ne pouvons que dire à tout professionnel souhaitant se développer en Chine et en Chine du Nord de se rapprocher de Qinhuangdao et de ses interlocuteurs .
Plus largement, comment voyez-vous l'évolution des relations entre les filières nautiques française et chinoise au cours des prochaines années ?
Pour les entreprises européennes du nautisme, il faut être attentif et s'y intéresser, mais s'y engager sans précaution serait tout aussi risqué. Même si le marché nautique chinois reste plus petit que ceux d'Europe ou d'Amérique du Nord en nombre de plaisanciers, son potentiel est considérable. Pourquoi ? Car il y a une croissance rapide des classes moyennes et aisées, on constate le développement du tourisme côtier et des marinas, la volonté des autorités locales de développer l'économie maritime sans oublier une demande croissante pour les produits premium européens.
Concrètement, pour le secteur nautique européen, la Chine doit être considérée comme un marché stratégique à conquérir et un partenaire industriel à gérer en prenant toutes les précautions qu'il faut et en mettant en place un principe de collaboration sélective et extrêmement encadré, plutôt que comme un risque à éviter ou une dépendance à accepter. C'est cette approche équilibrée qui permettra de capter la croissance asiatique tout en préservant la compétitivité et nos savoir-faire européens.
Si vous deviez convaincre un équipementier ou un chantier naval français encore hésitant à s'intéresser au marché chinois, quel serait votre principal argument ?
Tout est à faire et à construire sur ce marché qui émerge en Chine du Nord. La force de la proximité de Pékin et de grands centres industriels permet de se projeter sur un fort développement local à venir avec une vraie politique de développement portée par une ville, Qinhuangdao, dynamique et motivée et un grand groupe d'état, le Port de Hebei qui se projette sur un vrai développement économique de ce secteur. Ce que je veux dire c'est que les professionnels français sont sûrs d'avoir une oreille attentive en matière de collaboration et ou d'aides s'ils s'intéressent à cette destination. Il sera possible pour ces derniers de rencontrer Qinhuangdao et le port de Hebei au prochain Grand Pavois où ils auront un stand .

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