La proposition visant à interdire les yachts de plus de 50 mètres sur le littoral français en est une illustration.
Présentée comme une mesure environnementale, elle ne modifierait pratiquement rien aux émissions mondiales du secteur. Les unités concernées ne disparaîtront pas. Elles choisiront simplement de faire escale en Italie, en Espagne ou en Sardaigne. Les émissions resteront les mêmes, mais les retombées économiques quitteront la France.
Ce sont pourtant les ports français, les entreprises de maintenance, les chantiers de refit, les sociétés de services, les équipages, les fournisseurs, les hôtels, les restaurants et toute une économie littorale qui vivent de cette activité.
La France dispose d'une expertise reconnue dans le refit de grands yachts, dans les équipements électroniques, les systèmes embarqués, les matériaux composites, les voileries et l'ingénierie navale. Ces compétences représentent des milliers d'emplois hautement qualifiés, difficilement remplaçables et largement exportables.
Les fragiliser n'accélérera pas la transition écologique.
Autre sujet de préoccupation, la TAEMUP, la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel. Son principe reposerait notamment sur un signal économique destiné à encourager des motorisations plus vertueuses.
L'objectif peut paraître légitime. Mais encore faut il que la technologie existe.
Aujourd'hui, il n'existe tout simplement pas de solution électrique adaptée à une grande partie des petits bateaux concernés. Il n'existe pas d'offre accessible pour remplacer un moteur thermique de 150 ou 200 cv par une solution électrique. Les contraintes liées à la densité énergétique des batteries, à l'autonomie, au poids embarqué et aux infrastructures de recharge empêchent encore une généralisation de ces technologies.
Taxer davantage sans offrir d'alternative techniquement disponible revient à pénaliser un comportement qu'il est, dans les faits, impossible de modifier.
Cette logique pose question. Une fiscalité environnementale produit des effets lorsqu'elle accompagne une transition réalisable. Elle perd de sa cohérence lorsqu'elle sanctionne un choix qui n'en est pas réellement un.
À vouloir multiplier les interdictions et les taxes avant que les solutions industrielles soient pleinement disponibles, le risque est de déplacer l'activité vers d'autres pays plutôt que d'accélérer l'innovation.
L'Italie, l'Espagne, la Croatie, le Monténégro ou la Grèce observent ces débats avec intérêt. Chaque yacht qui quitte durablement les côtes françaises représente des emplois, des escales, des travaux de maintenance et des investissements qui bénéficieront ailleurs.
L'enjeu dépasse largement celui de la grande plaisance.
Il pose une question de méthode. La transition écologique doit elle s'appuyer sur des objectifs industriels, des innovations et des technologies disponibles, ou sur des mesures dont l'effet principal est de déplacer l'activité hors de nos frontières ?
La France possède des architectes navals parmi les meilleurs au monde, des équipementiers de premier plan, des chantiers reconnus à l'international et une industrie capable d'inventer les solutions de demain.
Encore faut il lui donner les moyens de rester compétitive.
L'écologie et l'industrie ne sont pas incompatibles. Bien au contraire. C'est en conservant les entreprises, les compétences et les centres de décision sur notre territoire que nous disposerons des moyens techniques et financiers pour réussir la décarbonation du nautisme.
Punir est souvent plus simple que transformer. Mais, dans une économie ouverte, ce sont rarement les mêmes qui en supportent les conséquences.

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