La stratégie de renouvellement des gammes commence à se traduire dans les comptes du Groupe Beneteau. Le chiffre d'affaires progresse de 11,2 % au premier semestre et le résultat opérationnel courant revient pratiquement à l'équilibre. Les 23 modèles lancés en 2025 représentent désormais près de 30 % des ventes.
Un résultat opérationnel revenu presque à l'équilibre
Le Groupe Beneteau affiche un net redressement de ses performances au premier semestre 2026. Son chiffre d'affaires atteint 449,2 M€, en progression de 11,2 % par rapport aux 403,8 M€ réalisés un an auparavant. À taux de change constant, la hausse atteint 13 %.
L'amélioration est surtout visible dans le résultat opérationnel courant (ROC), passé de -20,6 M€ au premier semestre 2025 à -0,2 M€ cette année. Autrement dit, le groupe a pratiquement effacé une perte opérationnelle de plus de 20 M€ en douze mois.
La comparaison est encore plus favorable lorsqu'on retire les activités américaines dont Beneteau organise actuellement le désengagement. Sur ce périmètre, le ROC atteint +9 M€, contre -12 M€ un an plus tôt.
L'EBITDA suit la même direction, passant de 8,5 à 29,4 M€, soit une marge de 6,6 % du chiffre d'affaires contre 2,1 % au premier semestre 2025.
Volumes, productivité et nouveaux bateaux alimentent le redressement
Cette amélioration ne repose pas sur un seul levier. La hausse des volumes aurait apporté 16 M€ supplémentaires au résultat opérationnel, tandis que différents gains opérationnels auraient contribué à hauteur de 8 M€.
Le constructeur cite notamment la stabilisation de son ERP, les progrès de productivité réalisés dans ses usines françaises et polonaises et la réduction de certains coûts de structure.
Une partie de ces économies est toutefois réinvestie. Beneteau a consacré 4 M€ supplémentaires à la R&D et au développement commercial au cours du semestre.
Le renouvellement accéléré des gammes constitue l'autre volet de cette stratégie. Les 23 modèles lancés en 2025 ont représenté près de 30 % des ventes du premier semestre 2026. Les ventes retail, qui correspondent aux ventes réalisées par les réseaux de distribution après correction des variations de stocks des concessionnaires, progressent de leur côté de 14 %.
Cette donnée est particulièrement intéressante pour apprécier la situation du marché : elle permet de distinguer les livraisons du constructeur à son réseau des ventes effectivement réalisées en aval.
Des commandes qui ralentissent depuis le printemps
Le tableau n'est pourtant pas celui d'un marché reparti franchement à la hausse.
Beneteau signale un ralentissement marqué des prises de commandes depuis mars, dans un contexte international dégradé. Le groupe indique également que ses concessionnaires gèrent leurs stocks avec prudence.
Ce décalage entre des ventes encore en progression et des commandes plus hésitantes constitue probablement le principal enjeu du second semestre. Les performances actuelles bénéficient notamment des commandes et des nouveautés précédemment engagées, tandis que l'évolution du carnet déterminera davantage le niveau d'activité à venir.
Beneteau continue donc de miser sur le produit pour soutenir la demande. À Cannes, le groupe a présenté 18 nouveautés sur les 24 annoncées pour la saison 2026-2027.
Le constructeur affirme avoir enregistré pendant le salon des ventes supérieures à celles de l'édition précédente, en volume comme en valeur. Cette donnée reste toutefois celle communiquée par le groupe et ne suffit pas, à elle seule, à conclure à une amélioration générale du marché nautique, mais représente néanmoins un signe encourageant.
Lagoon 47, F4.9 et nouveaux dayboats pour soutenir les ventes
Tous les segments ne suivent d'ailleurs pas la même trajectoire. Dans la voile, où Beneteau décrit une demande générale faible, le groupe met en avant les résultats commerciaux du Lagoon 47 sur le marché des catamarans. Du côté du Motor Yachting, le constructeur constate un ralentissement du premium, tout en indiquant que le Prestige F4.9 et le Beneteau Swift Trawler 43 soutiennent son activité.
Le Dayboating semble bénéficier d'une dynamique plus favorable, notamment grâce aux lancements des Jeanneau Cap Camarat 6.0 et EX34 et du Beneteau Flyer 30.
Cette multiplication des nouveautés traduit la stratégie retenue par le groupe : renouveler rapidement les gammes, travailler simultanément l'accessibilité de certains modèles d'entrée de gamme et poursuivre la montée en gamme sur d'autres segments.
C'est aussi un pari industriel. Lancer 24 nouveautés au cours d'une même saison mobilise études, industrialisation, outils de production et réseaux commerciaux alors même que la visibilité sur la demande reste limitée.
Le retrait américain coûte encore cher
Les comptes semestriels portent également les conséquences du désengagement de certaines activités américaines. Celles-ci ont généré une perte opérationnelle de 9 M€ au premier semestre, pour seulement 13 M€ de chiffre d'affaires. Un an auparavant, elles avaient représenté 21 M€ de chiffre d'affaires et 8 M€ de pertes opérationnelles.
Le résultat net du groupe reste ainsi négatif à -21,4 M€, contre -24,8 M€ au premier semestre 2025.
Cette perte doit cependant être replacée dans son contexte. Les comptes intègrent 30 M€ d'éléments non récurrents nets. Le désengagement américain représente notamment 20 M€ de dépréciations d'actifs portant sur des marques, des moules et des outillages, auxquels s'ajoutent des provisions et indemnités.
Selon Beneteau, le résultat net aurait été positif de 9 M€ hors éléments non récurrents.
La trésorerie nette demeure pour sa part importante, à 201,7 M€ au 30 juin, malgré un free cash-flow négatif de 24,3 M€ et 22 M€ reversés aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d'actions.
Entre 860 et 900 M€ de chiffre d'affaires attendus en 2026
Pour l'ensemble de l'exercice, Beneteau prévoit désormais une progression de ses ventes comprise entre 4 % et 9 %, hors activités américaines arrêtées.
Le chiffre d'affaires consolidé est attendu entre 860 et 900 M€, contre environ 848 M€ en 2025, dont 39 M€ provenaient des activités désormais abandonnées.
Le groupe prévoit également un résultat opérationnel courant positif sur l'exercice hors activités américaines arrêtées. Il indique que son carnet de commandes livrable en 2026 est désormais supérieur au niveau des ventes réalisé en 2025.
Le premier semestre marque donc un redressement réel des indicateurs opérationnels, mais pas encore une normalisation du marché. La capacité de Beneteau à maintenir cette amélioration dépendra autant des gains industriels déjà engagés que de la résistance des commandes dans les prochains mois.
Le chiffre d'affaires du troisième trimestre, attendu le 4 novembre 2026, donnera un premier indicateur de cette résistance.

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