Annette Roux : "En moteur, Bénéteau a de l'eau sous la quille, mais on va s'en occuper !"

Annette Roux, Fondation Bénéteau

Invitée des Assises de l'Economie de la Mer, Annette Roux, présidente de la Fondation Bénéteau, y a partagé son expérience et son point de vue sur le marché du nautisme, à voile comme au moteur. Histoire du chantier, actualité et futur de Bénéteau, tout y passe.

L'héritage des savoir-faire

Interrogée sur l'histoire du groupe Bénéteau et de son développement, simultané avec celui de la plaisance, Annette Roux évoque les différentes étapes de la vie du chantier vendéen. Elle a repris les rênes de l'entreprise familiale en 1964, encore spécialisée dans les navires de pêche en bois. Pour Annette Roux, c'est l'héritage des savoir-faire en construction navale qui a sauvé le chantier Bénéteau en 1965. Il lui permet de présenter au salon nautique de Paris le premier pêche promenade, dérivé de canots sardiniers en polyester. "Bénéteau crée sans le savoir un nouveau de segment de marché."

Pour Annette Roux, 2 facteurs expliquent le développement de la plaisance dans ces années-là : l'arrivée massive du polyester, qui permet d'abaisser les coûts de production en série et une augmentation du pouvoir d'achat des ménages.

Une croissance ultra-rapide dans une niche

Condition idéale pour le développement selon l'ancienne dirigeante de Bénéteau, le pêche promenade est un marché de niche, entièrement nouveau, principalement ancré sur la côte atlantique. En 12 ans, Bénéteau, seul acteur, atteint 80 % de part de marché sur le secteur.

La voile, choix du leadership

En 1976, Bénéteau fait le choix d'attaquer le marché des voiliers de plaisance. Alors que les Etats-Unis se tournaient principalement vers les bateaux à moteur, l'Europe pratiquait plutôt la voile, dominée par des chantiers britanniques. Annette Roux explique : "On visait quand même un certain leadership Quitte à donner sa vie à une activité, autant que ça ait un sens. Donc on a mis le cap sur la voile."

L'aventure américaine

"En 1976, on ne pouvait pas ignorer un tel continent, on a donc décidé d'ouvrir une filiale commerciale à Annapolis ", c'est ainsi qu'Annette Roux explique l'implantation de Bénéteau aux Etats-Unis. L'antenne a permis au chantier vendéen une meilleure compréhension du marché outre-atlantique, extrêmement différent de la plaisance européenne.

"A l'époque, jamais je n'aurais pensé que Bénéteau rachèterait une usine de bateaux à moteur aux US. Pourtant, les crises sont passées par là qui l'ont rendu possible." Bénéteau a ainsi racheté les marques du groupe RBH en 2014.

Interrogée sur l'élection de Donald Trump, l'entrepreneuse vendéenne confirme que l'implantation locale peut s'avérer d'autant plus judicieuse face au protectionnisme revendiqué par le nouveau président américain lors de sa campagne.

En bourse, mais indépendant

L'indépendance de l'entreprise familiale jusqu'en 1984 lui a permis d'investir plus facilement, sans devoir verser de dividendes à des actionnaires. L'entrée en bourse s'est avérée nécessaire pour lever des fonds en vue du lancement des usines américaines.

Interrogée sur la meilleure façon de passer les crises, Annette Roux dit ne pas avoir de recette. Néanmoins, elle insiste sur la confiance dans ses employés, qui doivent faire des efforts mais à qui il faut savoir redonner une fois la tempête passée. "Si vous êtes strictement financier, vous faîtes un calcul extrêmement simpliste, de dire couper le marché par deux, je coupe mon effectif par deux. Quand vous faîtes ça, vous décapitez votre entreprise. C'est comme ça que Bénéteau a pu récupérer d'autres entreprises du secteur? " Il s'agit de Jeanneau bien entendu.

Diversification

Concernant les choix de diversification de Bénéteau, de la pêche à la voile, au moteur puis au yacht, Annette Roux l'explique par l'évolution du marché. "On est des constructeurs de bateaux, on suit nos clients. Aujourd'hui il est plus facile de vendre un bateau de 10 M€ que de 500 k€. On doit s'adapter."

De même, il est nécessaire pour le groupe Bénéteau de poursuivre l'effort dans les nouveautés qui représente aujourd'hui 40 % des investissements, "même si on voudrait bien ralentir !". Le besoin en capitaux qu'il implique agrandit la marche entre les leaders et les petits chantiers.

Investissement à venir dans le moteur

Questionnée en conclusion sur le bateau du futur de Bénéteau, Annette Roux répond : "En voile, on a déjà une grosse part de marché mondiale. En bateaux à moteur, on a de l'eau sous la quille, on va s'en occuper !" Nouveautés à venir ?

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