Interview / "Si le Cannes Yachting Festival n'a pas lieu en 2017, on perd beaucoup plus que de l'argent."

Fabien Métayer, Président du directoire de Nautic Festival SA

Fabien Métayer, président du directoire de Nautic Festival SA, revient sur les différends en cours entre la Fédération des Industries Nautiques et Reed Expositions et évoque le futur des salons nautiques français.

Depuis l'annonce de la reprise du Nautic par la Fédération des Industries Nautiques en décembre dernier, on a pu entendre différentes informations sur le différend en cours avec Reed Expositions. Son président nous a exposé son point de vue, pouvez-vous nous présenter celui de la FIN ?

Le processus remonte à bien avant la date du 21 octobre 2016, à laquelle la fin du contrat sur le Nautic a été rendu public. Les contrats entre la Fédération des Industries Nautiques et Reed Expositions ont depuis l'origine été basés sur un principe juridique d' "intuitu personae ". La Fédération des Industries Nautiques avait confié les clefs de ses salons de Paris et de Cannes à Reed Expositions, à travers une relation de confiance avec Jean-Daniel Compain. Courant 2016, la FIN s'est inquiétée par écrit du rôle de M. Compain, avec laquelle les contacts avaient disparu. Après une deuxième relance, Reed Expositions indique qu'il fait toujours partie des effectifs. Son départ est finalement annoncé quelques semaines plus tard. Dès lors, il fallait trouver une nouvelle personne qui incarne cette relation entre la FIN et Reed Expositions.

Après des propositions faites par les deux parties, aucun accord n'est trouvé. La FIN décide alors, le 21 octobre 2016, de mettre un terme au contrat avec Reed Expositions. Elle demande, conformément au droit du travail, le transfert du personnel d'organisation du Nautic et du Cannes Yachting Festival. Elle engage également une procédure face au tribunal de grande instance pour annuler une clause accordant à Reed Expositions l'organisation du Cannes Yachting Festival pour 20 ans après la fin du contrat.

C'est bien l'écartement progressif de M. Compain, sans en aviser la FIN, qui est le problème. La FIN n'avait pas échafaudé de plan à 1 ou 2 ans pour interrompre la relation avec Reed Expositions.

Depuis, Reed Expositions a déposé un recours devant le juge des référés pour garder l'organisation du Cannes Yachting Festival en 2017. Qu'en est-il ?

Reed Expositions a en effet déposé un recours devant le juge des référés. Alors que la décision était attendue fin décembre, Reed Expositions a envoyé un message à l'ensemble des exposants, à la veille du Nautic, indiquant qu'ils organiseraient le salon de Cannes 2017. Nous avons préféré ne pas réagir et nous contenter de confirmer que les salons auraient bien lieu.

Lorsque le juge a repoussé sa décision au mois de février 2017, nous avons commencé à voir que le calendrier pouvait devenir critique et avons fait des propositions écrites à Reed Expositions par l'intermédiaire d'un médiateur. Nous proposions, dans l'attente du jugement sur le fond, que Reed Expositions reste l'opérateur technique pour le Cannes Yachting Festival 2017, alors que nous conservions la maîtrise de la politique commerciale et de la promotion. Reed a qualifié l'offre d'inacceptable sans réaliser de contre proposition.

La décision est attendue le 03 février 2017. Vous considérez qu'il s'agit d'une date butoir, ce que dément Reed Expositions. Pouvez-vous nous expliquer ce qu'il se passera après ?

Même si l'angle de vue est différent de celui de Reed Expositions, nous nous tenons à notre position depuis le début de l'affaire. Nous respecterons la décision du juge. S'il donne raison à Reed Expositions, ils assureront l'édition 2017 du salon de Cannes, dans l'attente du juge au fond. Dans le cas contraire, nous lancerons la commercialisation du Cannes Yachting Festival, via notre nouvelle filiale Nautic Festival SA.

Vous avez présenté dans votre dernière conférence de presse cette nouvelle filiale Nautic Festival SA. Quel sera son rôle dans les mois et années à venir ?

Nautic Festival SA est une filiale de la FIN dont le rôle est d'organiser les salons dont elle est propriétaire. Nous nous étions engagés à la fin 2016 à présenter cette nouvelle structure en janvier 2017. La conférence de presse a été l'occasion de montrer qu'elle est pleinement opérationnelle, grâce aux 7 personnes reprises de Reed Expositions pour le Nautic, dont le commissaire général Alain Pichavant, à laquelle s'ajoute Jean-Daniel Compain qui nous a rejoint pour continuer à faire prospérer l'industrie nautique.

Les exposants et les industriels du nautisme peuvent être rassurés sur l'avenir des salons. Nautic Festival SA assurera l'organisation du Nautic 2017, avec l'appui de l'équipe de la FIN et de prestataires déjà identifiés. Nous comptons également, comme expliqué précédemment, qu'elle organise le Cannes Yachting Festival et intègre ses équipes actuelles en son sein. La puissance de l'industrie nautique française repose sur deux pieds : le Nautic de Paris qui est indispensable au marché domestique et le Cannes Yachting Festival, dont la dimension internationale est essentielle à l'export. L'objectif n'est pas de déshabiller l'un pour rhabiller l'autre, mais de renforcer l'industrie nautique dans son ensemble. Nautic Festival SA aura l'avantage de ne pas dépendre d'une société devant rendre des comptes à des financiers outre-atlantique.

Le but de Nautic Festival SA est également de continuer à faire mieux, pas de tout casser. Nous devons être vigilants face à la fragilité des salons nautiques, comme l'ont démontré des exemples comme Gênes ou Barcelone. Si en 2017, le Cannes Yachting Festival n'a pas lieu, on perd beaucoup plus que de l'argent.

Quelles sont ces pistes de développement ?

Nous sommes en train de construire le projet. Un plan triennal devrait voir le jour.

Dans une première séquence, nous analysons les retours des exposants sur les besoins commerciaux et leurs autres demandes. Comme pour le Nauticlab, avec lequel nous ouvrons la parole à tous les acteurs pour proposer aux candidats à la présidentielle un plan pour le secteur nautique, nous souhaitons ici aussi faire appel à l'intelligence collective.

Dans une deuxième séquence, nous ferons des choix plus concrets. Nous avons déjà des pistes avec par exemple le développement du tourisme fluvial ou des halls dédiés, dont les activités varieraient tous les 2/3 jours. Enfin, je souhaite renforcer le partenariat avec les régions et les institutions, comme nous l'avons fait avec la Bretagne, car elles sont moteur dans la dynamique du nautisme français. Mon rêve serait un salon dont on retienne les innovations, où l'on rencontrerait des business angels qui soutiendraient notre économie. Ce sont quelques clefs du salon du futur.

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